Des télés qui créent plus de disciples que de croyants.

Des télés qui créent plus de disciples que de croyants.

Il suffit juste de regarder certaines télés durant le mois de ramadan, pour se rendre compte que certains prêcheurs où Oustaz ne rendent pas service à l’Islam. Quand n’importe qui peut prendre la parole et parler de choses aussi sensibles que celles religieuses, il y a des risques de perversion de l’essence même de la religion. La rhétorique tapageuse, les diatribes déguisées et la propagande disproportionnée dans le discours de certains Oustaz a ceci de fâcheux qu’elles créent un  foisonnement d’agents religieux avec leur cohorte de fous. Or la religion ne saurait être une affaire de fous.

On n’obtient pas le salut terrestre dans la folie. En mettant en avant les émotions, la communication religieuse, notamment celle des prêcheurs, galvanise souvent les fidèles, prend possession de leur libre jugement et cultive en eux le surnaturel, le mysticisme. Cultiver le fanatisme comme unique pilier de la religion, c’est courir le risque de perdre la qualité de croyant. Un croyant de qualité vaut plus et mieux que dix disciples qui n’ont que leur ignorance et leur passion à faire valoir. Or c’est justement là où le bât blesse dans la communication religieuse au Sénégal : elle crée beaucoup de disciples et peu de croyants. On n’a pas besoin de statistiques pour étayer une telle hypothèse : malgré la religiosité ambiante, notre pays est inondé de comportements contraires au bon sens et aux préceptes fondamentaux de la religion.

Cette foi au surnaturel qui dépossède tant de jeunes et d’adultes aurait largement pu être un puissant levier de sanctification du travail bien fait, du labeur élevé au rang de culte. Au contraire, la croyance et l’attachement quasi morbide au monde des miracles avilissent les croyants et cultivent la paresse. Par paresse on s’en remet aux puissances occultes qui nous rétribuent par la même paresse. Le pire est que les sphères qui devraient diffuser les idées hostiles à l’obscurantisme, sont précisément celles qui investissent aujourd’hui ce monde souterrain.

Dans nos télés, certains prêcheurs ont réussi ainsi à se donner une légitimité religieuse, même si leurs pratiques occultes sont loin d’être bénies par la charia. Ce n’est donc pas un hasard si les Sénégalais persistent à s’enfoncer dans ce sable mouvant du charlatanisme et de la sorcellerie. Leur foi, au lieu de les libérer de ces grands imposteurs, a plutôt servi à sceller leur crédulité. Une petite entreprise d’archéologie du langage et de philologie montrerait comment notre univers mental est peuplé de considérations, d’êtres et de représentations qui aliènent l’homme de sa vocation rationnelle au profit du surnaturel : « Suuf bu sutanté daniu ko jàl », « Ku gëmul xarfafufa xarfafufa nela fuf », « reen lumu xoot xoot amna buko fete suuf », « reewmi kufi amul cimukaay sa bakkan nangi ci xotu gerte » « cumukaay du bërë waye dina daan ». .

Les prêches outrancièrement axées sur le surnaturel finissent par déposséder l’homme et à le réduire en simple caisse de résonnance incapable de comprendre la dimension éthique de la religion. Or la religion promet certes le salut céleste, mais elle ne doit pas exclure celui terrestre. Pour le salut terrestre l’homme ne peut pas confier toute sa destinée au fatalisme. Une religion trop fataliste tue l’homme, car elle lui enlève la volonté, la créativité et l’optimisme. En sublimant les émotions par une communication exclusivement axée sur le surnaturel, on fouette le fanatisme, cette « épilepsie céleste » dont l’un des résultats, est l’intolérance.

Pape Sadio Thiam

Journaliste, enseignant chercheur

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